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Sahara et oasis, choisir sa porte d’entrée

Le Sahara algérien ne se visite pas d’un bloc : il s’ouvre par six portes très différentes. Les canyons et l’art rupestre de Djanet, les montagnes volcaniques du Hoggar, les ksour du M’Zab, l’architecture de terre de Timimoun, la palmeraie de Taghit au pied des dunes, les coupoles d’El Oued. Choisissez votre porte d’entrée et consacrez-lui plusieurs jours ; organisez ensuite votre arrivée et vos déplacements.

Voir les lieux sur la carte

Une immense dune jaune dont la crête dessine une courbe ; à son pied, un palmier isolé, des touffes de palmiers et quelques herbes
Taghit, les palmiers au pied du Grand Erg Occidental
Sommaire

Choisir selon vos envies

Djanet et le Tassili
Canyons de grès, peintures rupestres et dunes rouges, en trek ou en 4x4. Le voyage le plus engagé. Voir Djanet
Tamanrasset et le Hoggar
Montagnes volcaniques et lever du jour à l’Assekrem. Voir le Hoggar
Ghardaïa et le M’Zab
Cinq ksour, leurs ruelles et leurs palmeraies. La porte la plus simple pour un premier voyage. Voir le M’Zab
Timimoun et le Gourara
Architecture de terre rouge, foggaras et villages au bord de la sebkha. Voir Timimoun
Taghit et la Saoura
Un ksar, une palmeraie et les dunes de l’erg au bout des jardins. Voir Taghit
El Oued et le Souf
Maisons à coupoles et palmiers plantés au fond de cratères de sable. Voir El Oued

Ces régions sont éloignées les unes des autres : mieux vaut n’en choisir qu’une et prendre le temps de la découvrir. Voir les aéroports

Djanet et le Tassili n’Ajjer

Le Tassili n’Ajjer est un plateau de grès que l’érosion a découpé en canyons et en « forêts de rochers ». Sur ses parois, plus de 15 000 peintures et gravures racontent, de 6000 av. J.-C. aux premiers siècles de notre ère, les changements du climat, les migrations de la faune et la vie des hommes qui l’habitaient. Le site est inscrit au patrimoine mondial depuis 1982, à la fois pour sa culture et pour sa nature.

C’est la porte la plus spectaculaire, et la plus exigeante. Le plateau se découvre à pied, dans un cadre organisé et avec un guide désigné par l’office du parc, et les nuits se passent au bivouac. Avant de la choisir, sachez que la diplomatie française déconseille Djanet et le Tassili sauf raison impérative : les avis de vigilance sont détaillés dans nos conseils pratiques.

Pour l’art rupestre. Sefar est un dédale de grès sur le plateau, avec ses ruelles, ses abris et des parois couvertes de peintures. On y monte à pied depuis Djanet par un col, l’akba de Tafilalet, avec des ânes qui portent le matériel. Les circuits proposés par les agences comptent au moins trois jours.

Sous un abri de grès clair, une peinture rupestre : un grand personnage à tête ronde, bras levés, tracé en blanc et en ocre, et à sa droite un grand animal brun-rouge aux cornes recourbées ; au sol, un muret de pierres plates

Une paroi peinte de Sefar, sur le plateau du Tassili

Un étroit couloir de grès aux parois orange et lisses, éclairé par le haut ; un marcheur en veste rouge et sac bleu s’y engage, de dos

Un canyon des environs de Djanet

Sans monter sur le plateau. À quelques kilomètres de Djanet, la gravure de la « Vache qui pleure » montre des bovins dont les yeux semblent verser des larmes. Sa datation précise reste discutée. C’est une première rencontre avec cet art, sans trek.

Pour les dunes. Au sud-est de Djanet, la Tadrart rouge déroule ses dunes aux teintes rouges, comme celles de Tin Merzouga. On la parcourt en 4x4. Le massif se prolonge vers la Libye : faites confirmer par l’agence que le circuit reste à l’écart de la zone frontalière.

Pour l’eau. Sur le plateau du Fadnoun, à mi-chemin entre Illizi et Djanet, la vallée d’Iherir garde de l’eau toute l’année. On y cultive des jardins en terrasses irrigués par des sources, et ses parois portent elles aussi de nombreuses peintures. La vallée est inscrite comme zone humide d’importance internationale (site Ramsar) depuis 2001.

Une mare d’eau claire entre des dalles de roche grise, bordée de hautes herbes, au fond d’un canyon de grès ; quelques palmiers et des pitons rocheux au fond

La vallée d’Iherir, où l’eau ne tarit pas

Les meilleurs « musées » du Tassili sont ces sites eux-mêmes, qui ne se visitent qu’accompagnés. Djanet a aussi sa fête : la Sebeïba, rituel inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO, réunit deux communautés de l’oasis pendant dix jours, au premier mois du calendrier musulman. Sa date change chaque année.

Tamanrasset et le Hoggar

Tamanrasset, à environ 1 400 m d’altitude, est la ville du Hoggar, le pays des Touaregs Kel Ahaggar. Au nord, l’Atakor dresse ses pitons volcaniques jusqu’au Tahat, le point culminant de l’Algérie, à 2 908 m. On choisit cette porte pour la montagne, la marche et la lumière.

Le moment fort, c’est l’Assekrem. Sur ce plateau à plus de 2 700 m d’altitude, Charles de Foucauld a fait bâtir un petit ermitage, une chambre et une chapelle, où il a vécu de juillet à décembre 1911. On y monte depuis Tamanrasset par une piste d’environ 80 km, dont une dizaine seulement goudronnés. Un refuge, plus bas sur le plateau, permet d’y passer la nuit pour assister au coucher puis au lever du soleil sur l’Atakor. En hiver, les nuits y sont glaciales : prévoyez des vêtements chauds.

Le soleil se lève dans un ciel voilé au-dessus d’une chaîne de pitons volcaniques en silhouette ; un grand versant sombre occupe la droite

Lever du jour sur l’Atakor, depuis le refuge de l’Assekrem

Une petite maison de pierres sèches à la porte rouge, posée sur un sol de pierres plates, dans la lumière dorée du soir ; des pitons au loin

L’ermitage de Charles de Foucauld, sur le plateau de l’Assekrem

À Tamanrasset même, deux lieux racontent la suite de son histoire, à ne pas confondre avec l’ermitage. La Frégate est la maison où il s’est installé en 1905. Le bordj est le fortin qu’il fit bâtir à partir de 1915 pour servir de refuge aux habitants, et où il fut tué le 1er décembre 1916 ; les groupes de pèlerins y font étape dans une chapelle.

Pour l’histoire ancienne. À Abalessa, dans le Hoggar, un monument de pierre abrite la tombe attribuée à Tin Hinan, l’ancêtre dont parlent les traditions touarègues. Découverte en 1925, elle date du IVe siècle ; ses bijoux et le squelette sont conservés au musée du Bardo, à Alger.

En complément. L’office du parc de l’Ahaggar a ouvert en 2009 à Tamanrasset un musée consacré au patrimoine du Sahara. Renseignez-vous sur les conditions de visite avant de venir.

On monte à l’Assekrem dans un cadre organisé, sans s’écarter du parcours prévu : les niveaux de vigilance de la région sont détaillés dans nos conseils pratiques.

Ghardaïa et le M’Zab

C’est la porte à choisir si l’on s’intéresse à l’architecture et à la façon dont on habite le désert. À partir du Xe siècle, les Ibadites ont façonné la vallée autour de cinq ksour, des villages fortifiés : El Atteuf, Bounoura, Beni Isguen, Melika et Ghardaïa. Leur architecture simple, pensée pour la vie en communauté et le respect des familles, a marqué les architectes du XXe siècle, de Le Corbusier à Fernand Pouillon. La vallée est inscrite au patrimoine mondial depuis 1982.

À Beni Isguen, la visite du ksar commence à la porte Est. L’office du tourisme et développement y tient un bureau des guides, sur la droite, ouvert de 8 h 30 à 12 h 30 puis de 16 h à la prière du crépuscule. Les horaires changent légèrement en été, et les visites sont suspendues les jours de fêtes religieuses. Le guide vous conduit dans les ruelles jusqu’au sommet du ksar, puis en haut de la tour Boulila, d’où l’on voit la palmeraie. L’office demande de ne pas fumer, de ne pas photographier les passants et d’éviter les tenues courtes ou moulantes.

Ghardaïa dans la vallée du M’Zab : maisons ocre serrées sur une colline, un minaret, des palmiers en contrebas

Ghardaïa, vallée du M’Zab

Une ruelle qui monte en larges marches de pierre aux nez peints en blanc, entre des murs enduits ocre, beige et rose

Une ruelle en escalier de Beni Isguen

Pour voir la ville vivre. Chaque jour sauf le vendredi, juste après la prière de l’après-midi, la place Lalla Achou accueille une vente à la criée : une dizaine de crieurs y font monter les enchères, tous agréés par le conseil des Azzaba.

Pour comprendre l’eau. La palmeraie de Beni Isguen, à environ 3 km du ksar, montre comment la vallée a tiré parti d’une eau rare. Un système de partage des crues, le « Tazuni n waman », perfectionné au fil des générations, irrigue toute la palmeraie et envoie le surplus vers des puits. Les guides la font visiter sur demande, selon leur disponibilité.

Pour l’intérieur d’une maison. Le petit musée de Beni Isguen reproduit le rez-de-chaussée d’une maison mozabite, avec ses tapis, ses châles, ses ustensiles et une chambre nuptiale des années 1950.

Pour une mosquée. En contrebas du ksar d’El Atteuf, dans un cimetière, la mosquée funéraire de Sidi Brahim date du XVe siècle.

Timimoun et le Gourara

Timimoun est la porte de l’architecture de terre. Ses ksour ocre rouge regardent la sebkha, une vaste dépression salée, parfois inondée, et leurs jardins descendent jusqu’à son bord. Autour, le Gourara égrène ses oasis et ses ksour, alignés le long de la sebkha ou posés dans l’erg.

Au premier plan, une croûte de sel blanche, puis une bande d’eau bleu nuit et de boue rouge ; à l’horizon, un cordon de dunes orange sous un ciel bleu

La sebkha de Timimoun et les dunes de l’erg

Pour l’architecture. Sur l’axe principal de la ville, le Centre algérien du patrimoine culturel bâti en terre occupe l’ancien hôtel de l’Oasis rouge, un édifice de style néo-soudanais bâti entre 1912 et 1917 en briques de terre crue. Ses espaces de circulation sont sculptés de motifs géométriques berbères zénètes, témoins d’un savoir-faire ancien du Gourara. Le bâtiment est classé monument historique depuis 2015. Renseignez-vous sur les conditions de visite avant de venir.

Pour comprendre l’oasis. Les foggaras sont des galeries creusées sous terre qui drainent une nappe et conduisent l’eau, par la seule pente, jusqu’aux jardins. Vingt et une d’entre elles, soit 53 km de galeries, traversent Timimoun. Dans la région, beaucoup se sont taries : celles qui coulent encore font vivre les palmeraies.

Un chemin de terre rouge longe un haut mur enduit de terre rouge posé sur un soubassement de pierres ; des palmes au premier plan, deux silhouettes au loin

Un mur de terre rouge dans la palmeraie de Timimoun

Une rigole d’eau arrive contre une pierre percée d’ouvertures régulières, comme un peigne, qui la répartit entre plusieurs petits canaux

Un peigne de partage de l’eau, dans la palmeraie de Timimoun

Pour un village. À une vingtaine de kilomètres de Timimoun, le ksar d’Ighzer domine une palmeraie desservie par dix foggaras. Au pied de sa colline, une grotte s’enfonce sur 80 m dans le grès tendre ; elle servait de refuge aux habitants.

Pour la musique. Le Gourara est le pays de l’ahellil, un chant poétique et musical des Zénètes pratiqué lors de cérémonies collectives, inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Le Sbouâ, pèlerinage d’une semaine vers les mausolées des saints de la région, l’est aussi ; il suit le calendrier lunaire.

Taghit et la Saoura

Taghit réunit ce qu’on imagine d’une oasis : un vieux ksar, une palmeraie, et les dunes du Grand Erg Occidental qui commencent au bout des jardins. C’est une bonne porte pour un premier contact avec le désert de sable, sans longue expédition.

Au premier plan des blocs de roche, puis une bande de palmeraie et un plan d’eau ; le vieux ksar ocre éclairé par le soleil couchant, et derrière, une grande dune orange sous des nuages

Taghit : le ksar, la palmeraie et l’erg

Le ksar de Taghit est classé parmi les sites et monuments historiques depuis 1999. L’histoire du lieu remonte bien plus loin : les gravures d’animaux et les silex taillés découverts dans la palmeraie témoignent d’une présence néolithique.

Pour les gravures. Dans la vallée de la Zousfana, entre 16 et 22 km du ksar, la station de la zaouïa Tahtania conserve des gravures de gazelles, d’éléphants, d’autruches, de girafes et de figures humaines. Le site a été abîmé par des graffitis : allez-y avec un guide local, et regardez sans toucher.

El Oued et le Souf

El Oued, la « ville aux mille coupoles », doit son surnom à ses toits en dômes et en voûtes. C’est la porte à choisir pour voir comment on cultive au milieu des dunes.

Une bâtisse abandonnée coiffée de deux coupoles, percée d’une grande arche, à moitié ensablée sous un ciel bleu

Coupoles d’une maison abandonnée à Kouinine, près d’El Oued

Pour les ghouts. Depuis le XVe siècle, les habitants du Souf creusent dans les dunes des cratères d’une dizaine de mètres de profondeur et plantent leurs palmiers au fond, juste au-dessus de la nappe, pour que leurs racines atteignent l’eau. Ce système est reconnu par la FAO comme patrimoine agricole mondial depuis 2011. Il est aussi menacé : la remontée de la nappe a noyé de nombreux ghouts, et il n’en reste qu’une partie. Demandez sur place à en voir un encore cultivé.

Le bivouac, une nuit dans le désert

Au Tassili comme dans le Hoggar, le voyage se vit au bivouac. La plupart des circuits alternent les nuits sous la tente et à la belle étoile, avec une équipe locale : un guide, un cuisinier et, pour les treks, des chameliers ou des âniers. Les agences prévoient souvent une nuit à l’hôtel à l’arrivée et au départ ; Djanet compte quelques hôtels.

Une vaste plaine de sable et de pierres sombres au crépuscule ; au centre, un 4x4 blanc chargé et deux silhouettes ; des reliefs bas à l’horizon

Une étape de bivouac dans le parc de l’Ahaggar

Pendant les circuits du Tassili, les cuisiniers préparent volontiers la taguella, le pain des Touaregs, cuit sous le sable et la braise. La saison des circuits, d’octobre à avril, est aussi celle des nuits froides : un bon sac de couchage est indispensable, surtout en altitude.

À table dans le désert

Le Sahara a ses propres plats. Dans le Tassili et le Hoggar, la taguella se rompt dans un bouillon de viande ; à Tamanrasset, pendant le Ramadan, le thé à la menthe se sert en trois verres ; à Ghardaïa, un couscous à la viande de chameau marque l’une des soirées du mois de jeûne. Ils sont détaillés dans notre guide de la cuisine algérienne.

Rejoindre votre porte d’entrée

Djanet
Aéroport de Djanet (Cheikh Amoud Ben El Mokhtar).
Tamanrasset
Aéroport d’Aguenar (Hadj Bey Akhamok).
Ghardaïa
Aéroport de Noumérat (Moufdi Zakaria).
Timimoun
Aéroport de Timimoun.
Taghit
Aéroport de Béchar (Boudghene Ben Ali Lotfi), puis la route jusqu’à Taghit, au sud de Béchar.
El Oued
Aéroport de Guemar (Abdelkader Lamoudi).

Les compagnies, les lignes et les fréquences changent selon la saison : consultez les programmes en vigueur avant de fixer vos dates, et demandez à votre hébergement ou à votre agence comment rejoindre la ville depuis l’aéroport.

Préparer mon voyage

Le Sud s’organise autrement que le Nord. Voici ce qu’il faut savoir avant de réserver.

Quand partir. La saison saharienne va d’octobre à avril. L’été, les chaleurs extrêmes rendent les circuits éprouvants ; l’hiver, les nuits sont froides, surtout en altitude.

Avec qui partir. Dans les zones de protection des parcs culturels du Tassili n’Ajjer et de l’Ahaggar, la loi algérienne n’autorise les visites que dans un cadre organisé, sous l’égide d’organismes publics ou par l’intermédiaire d’agences de tourisme agréées, et en présence d’un guide désigné par l’office du parc. Pour le Sahara et les zones désertiques autour de Tamanrasset, la diplomatie française écrit qu’il n’est pas possible de voyager sans guide, recommande de choisir des professionnels agréés et précise que les randonnées se font avec l’accord des autorités locales, sur des parcours surveillés par l’armée et avec une escorte. Les textes cités concernent les zones de protection des parcs et, pour l’avis français, le Sahara autour de Tamanrasset ; pour toute sortie dans le désert, partez avec un guide.

Le visa. Un visa délivré à l’arrivée est possible pour un voyage organisé par une agence algérienne agréée dans le Grand Sud. Les conditions sont détaillées dans nos conseils pratiques pour toute l’Algérie.

Choisir ses étapes. Le niveau de vigilance varie fortement d’une région à l’autre, et même d’une ville à l’autre. Vérifiez chaque étape de votre circuit sur la carte commentée dans nos conseils pratiques, puis sur l’avis de votre propre pays.

Quoi emporter. Le climat du Sahara demande de l’eau en grande quantité, de la nourriture et des vêtements qui couvrent du soleil. Pour un drone, même de loisir, l’importation est soumise à une autorisation préalable du Centre national des systèmes d’aéronefs sans pilote à bord : sans elle, laissez-le à la maison.

Sources et crédits photo

Sources

Les faits cités sur cette page viennent des sources ci-dessous. Les conseils de visite relèvent de l’avis éditorial du guide.

Crédits photographiques