Guide de région

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Kabylie, des villages aux montagnes du Djurdjura

La Kabylie se découvre par ses villages, accrochés aux crêtes face à la muraille du Djurdjura. Installez-vous à Tizi Ouzou, à une centaine de kilomètres d’Alger, puis montez vers Ath Yenni pour son bijou d’argent, vers Tiferdoud pour ses ruelles fleuries, vers Aït El Kaïd pour ses maisons de pierre. Gardez une journée pour la montagne : la route du col de Tirourda, la cédraie de Tala Guilef ou Tikjda, quand la neige a libéré les cols.

De hautes falaises calcaires grises, striées de quelques névés, dominent une crête verte où s’égrènent les maisons d’un village, sous un ciel bleu et de gros nuages blancs
Les falaises de l’Akouker, dans le Djurdjura, au-dessus d’un village de crêtePhoto : Farid Ait Chaalal, CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons
Sommaire

Choisir selon vos envies

Flâner dans les villages
Ath Yenni et ses villages en crête ; Tiferdoud, ses ruelles fleuries et sa tajmaât ; Aït El Kaïd, ses maisons de pierre face au Djurdjura.
Découvrir les savoir-faire
Le bijou d’argent émaillé d’Ath Yenni ; la poterie des femmes, à Maâtkas et Ath Kheir ; les fêtes de village de l’été.
Prendre de la hauteur
La route du col de Tirourda ; la cédraie de Tala Guilef ; Tikjda et son lac ; Lalla Khedidja, le plus haut sommet du massif.

Tizi Ouzou, le point de départ

Tizi Ouzou se trouve à une centaine de kilomètres à l’est d’Alger. On y vient en voiture, ou par le train qui relie Alger à Tizi Ouzou par Thénia depuis 2017 et pousse jusqu’à Oued Aïssi ; demandez les horaires à la SNTF avant de partir. La ville est le meilleur camp de base : la plupart des villages de cette page sont à une heure de route environ.

Avant de monter, prenez le temps de la haute ville, autour d’Aïn Hallouf, son cœur commerçant, et de ses vieilles fontaines (leur eau n’est pas potable). Les maisons de l’artisanat de la ville, au centre et dans la Nouvelle-Ville, permettent de voir et d’acheter le travail des artisans de la wilaya.

Béjaïa est à environ 125 kilomètres par la RN12 : comptez au moins deux heures de route. Notre guide de Béjaïa présente la ville et sa baie.

Les villages des crêtes, d’Ath Yenni à Aïn El Hammam

Au sud-est de Tizi Ouzou, la route grimpe de crête en crête. Les villages occupent le sommet des collines, serrés autour de leur mosquée et de leur place, et chaque virage ouvre une nouvelle vue sur la muraille calcaire du Djurdjura.

Une chaîne de montagnes aux sommets déchiquetés, saupoudrés de neige, au-dessus d’une vallée sombre où l’on devine des villages ; le ciel est couvert d’un voile de nuages au lever du jour

Le Djurdjura au lever du jour, depuis le village d’Aït Abbas, chez les OuacifPhoto Bzc33, Wikimedia Commons, CC BY 4.0, recadrée et redimensionnée.

Ath Yenni, le village du bijou

À environ 35 kilomètres au sud-est de Tizi Ouzou, la commune de Beni Yenni réunit plusieurs villages posés sur des crêtes, entre 800 et 900 mètres d’altitude : Taourirt Mimoun, où est né l’écrivain Mouloud Mammeri, Aït Lahcène, le village du chanteur Idir, Aït Larbaâ ou Taourirt El Hadjadj. À Taourirt Mimoun, des ruelles étroites et des escaliers irréguliers mènent aux maisons, à leurs jardins plantés de figuiers et aux ateliers des bijoutiers, sous la muraille du Djurdjura. On y monte pour ce paysage, et pour le bijou.

Le bijou d’Ath Yenni est en argent, rehaussé d’émaux bleus, verts et jaunes et de cabochons de corail rouge. Fibules, pendentifs, bracelets : les artisans du village le travaillent depuis des générations, et l’Algérie a déposé en 2025 auprès de l’UNESCO un dossier consacré au bijou d’argent émaillé de la tenue féminine kabyle, encore en attente d’examen.

Des pendentifs en argent émaillés de bleu, de vert et de jaune, en forme de main ou de disque, sertis de corail et suspendus à des colliers de branches de corail rouge, posés sur un tissu clair

Pendentifs et colliers de corail des Ath YenniPhoto Habib kaki, Wikimedia Commons, CC0.

Gros plan sur un pendentif rond en argent, orné de perles d’argent et de cabochons de corail rouge, d’où pendent de petites pièces émaillées

Un pendentif d’argent et de corailPhoto Habib kaki, Wikimedia Commons, CC0.

Le meilleur moment pour voir ce travail est la fête du bijou, qui réunit chaque été les bijoutiers du village et d’autres wilayas, en général entre la fin juillet et le mois d’août. Ses dates changent d’une année à l’autre, et l’édition 2026 a été reportée en raison des incendies. Le reste de l’année, si vous souhaitez rencontrer des bijoutiers ou voir leurs pièces, renseignez-vous auprès de la commune ou sur place avant de venir.

Tiferdoud, au-dessus d’Aïn El Hammam

À 1 197 mètres, sur les hauteurs d’Aïn El Hammam, Tiferdoud fait face aux grandes parois du Djurdjura. Le village est surtout connu pour la façon dont il se gère lui-même : son comité se réunit à la tajmaât, la place et la salle d’assemblée du centre ancien, organise le nettoyage à tour de rôle et tient ses comptes. Le résultat se voit dans les ruelles, propres et fleuries, qui lui ont valu en 2017 le prix du village le plus propre de la wilaya.

Tiferdoud est un village habité, pas un site aménagé pour la visite. Promenez-vous dans les ruelles, et demandez avant de photographier les habitants ou l’intérieur des cours.

Le concours du village le plus propre

Ce soin n’est pas propre à Tiferdoud. Chaque année, l’assemblée de la wilaya de Tizi Ouzou désigne le village le plus propre, au concours Rabah-Aïssat : propreté des ruelles, entretien des fontaines, mise en valeur du patrimoine. Ihesnawen, près de Mechtras, l’a emporté en 2024, Aït Bouhini, à Yakourène, en 2025, et l’édition 2026 est en cours. Le palmarès donne de bonnes idées de villages où flâner, même s’il récompense l’entretien plus que le patrimoine.

Un village dense de maisons claires aux toits de tuiles, étagé sur une colline, au pied d’une immense paroi rocheuse bleutée dans la lumière du matin

Un village de crête sous les parois du DjurdjuraPhoto Yuba at yidir, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, recadrée et redimensionnée ; adaptation sous la même licence.

Au pied du Djurdjura, autour des Ouadhias

À une quarantaine de kilomètres au sud de Tizi Ouzou, la région des Ouadhias s’étend sur les premiers contreforts du massif. Les villages y sont posés sur des mamelons, avec le Djurdjura en toile de fond, souvent enneigé jusqu’au printemps.

Un village de maisons blanches dispersées dans des prés verts ; derrière, une longue chaîne de montagnes enneigées émerge d’une mer de nuages sous un ciel bleu

Un village dans les prés, face aux montagnes enneigéesPhoto Mohamed tahar keskes, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, recadrée et redimensionnée ; adaptation sous la même licence.

Aït El Kaïd, un village de pierre

Sur un mamelon rocheux de la commune d’Agouni Gueghrane, à 617 mètres d’altitude, Aït El Kaïd a gardé ses maisons anciennes, bâties en pierre, alignées le long de ruelles étroites, avec leurs piliers de bois, leurs banquettes maçonnées, leurs silos et leurs décors muraux. C’est le seul village de la wilaya classé en secteur sauvegardé, depuis 2009.

Une ruelle de terre étroite entre deux hauts murs de pierres sèches, qui mène vers des sommets découpés sous un ciel bleu

Une ruelle d’Aït El KaïdPhoto Aicha archi, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, redimensionnée ; adaptation sous la même licence.

Une maison basse en pierres ocre assemblées sans enduit, percée d’une porte de bois patinée, sous un ciel bleu

La porte d’une maison d’Aït El KaïdPhoto Aicha archi, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, redimensionnée ; adaptation sous la même licence.

Les reportages publiés entre 2013 et 2019 décrivent pourtant un village qui se vide : des toitures effondrées, des travaux de restauration engagés en 2008 et restés inachevés, trois familles seulement en 2019. Son état actuel reste à vérifier : renseignez-vous à Agouni Gueghrane avant d’y monter, depuis le chef-lieu de la commune, par un chemin en pente. Venez-y pour marcher dans les ruelles et regarder l’architecture, en restant à l’écart des murs fragiles, sans entrer dans les maisons, et en respectant ceux qui y habitent.

Ighil Imoula, la mémoire du 1er novembre

Dans la commune de Tizi N’Tleta, qui dépend elle aussi de la daïra des Ouadhias, le village d’Ighil Imoula tient une place à part dans l’histoire du pays : c’est là que fut tirée, sur une ronéo, la proclamation du 1er novembre 1954. Une stèle se dresse sur la place du village, face au Djurdjura, et le texte de la proclamation y est reproduit en arabe, en tamazight et en français. Les deux maisons où il fut tapé puis reproduit sont classées depuis 2016. Ce lieu de mémoire se combine bien avec la visite d’Aït El Kaïd.

Les cascades de Tamda Ousserghi

À quelques kilomètres des Ouadhias, sur la même commune d’Agouni Gueghrane, un sentier mène en une demi-heure de marche environ aux cascades de Tamda Ousserghi, sur le versant nord du massif. Les descriptions publiées sont anciennes : demandez aux Ouadhias l’état du sentier avant de vous y engager.

Maâtkas et Ath Kheir, la poterie des femmes

Dans la wilaya de Tizi Ouzou, la poterie est un travail de femmes. L’argile, mêlée de sable ou de tuf, est montée à la main, cuite au feu de bois puis décorée de motifs peints avec des couleurs naturelles. Maâtkas, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Tizi Ouzou, et Ath Kheir, à l’est de la ville, sont deux de ses centres. Les potières d’Ath Kheir façonnent notamment les grands plats où l’on roule le couscous.

Les deux villages ont accueilli en juillet des salons et des festivals de la poterie, en 2024 à Maâtkas et en 2025 à Ath Kheir, à des dates qui changent d’une année à l’autre. Pour rencontrer des potières en dehors de ces rendez-vous, renseignez-vous sur place.

Au bord des routes, comme à Yakouren, des étals vendent aussi des poteries peintes : si c’est le travail des potières de la région qui vous intéresse, demandez d’où elles viennent.

Des étagères chargées de cruches, de jarres et de pots en terre cuite peints de motifs géométriques rouges, noirs et blancs

Poteries vendues au bord de la route, à Yakouren, en 2009Photo LBM1948, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, recadrée et redimensionnée ; adaptation sous la même licence.

Le haut Djurdjura

Une longue chaîne de montagnes aux sommets enneigés s’étire d’un bord à l’autre, au-dessus de prairies vertes, sous un ciel bleu

La chaîne du Djurdjura au printemps, vue de MechtrasPhoto Toumi Toufik, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0, recadrée et redimensionnée ; adaptation sous la même licence.

Au-dessus des villages, le Djurdjura est protégé depuis 1983 par un parc national, partagé entre les wilayas de Tizi Ouzou et de Bouira. L’UNESCO l’a reconnu comme réserve de biosphère en 1997 ; l’Algérie l’a inscrit en 2025 sur sa liste indicative du patrimoine mondial. Entre 800 et 2 300 mètres d’altitude, on y traverse des forêts de cèdres de l’Atlas, de pins noirs et de chênes, et l’on croise souvent des magots, les singes du massif, autour de Tikjda.

On y entre par trois portes : Tala Guilef sur le versant nord, la route du col de Tirourda à l’est, Tikjda sur le versant sud, côté Bouira. Pour les sommets, partez avec un club de randonnée ou un guide qui connaît le terrain : le brouillard et la neige y ont déjà égaré des randonneurs, et des groupes ont dû être secourus.

Deux grands cèdres aux branches étagées au bord d’une clairière, devant un versant boisé dont le sommet se perd dans la brume

Des cèdres de l’Atlas dans le parc nationalPhoto Ifrendani, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0, redimensionnée ; adaptation sous la même licence.

Un singe au pelage brun clair, en équilibre sur une branche contre le tronc d’un grand conifère, dans une forêt

Un magot sur une branche, en forêtPhoto Brahim Djelloul, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, redimensionnée ; adaptation sous la même licence.

Tala Guilef, sur le versant nord

Au-dessus de Boghni, à environ 1 500 mètres, Tala Guilef est une clairière d’alpages entourée de cèdres, au pied des crêtes. Son hôtel El Arz, fermé depuis 1995, a rouvert en 2024, et deux autres établissements l’ont rejoint en 2025 : on peut de nouveau y dormir en altitude. Renseignez-vous auprès de l’hôtel sur les randonnées encadrées qu’il annonce.

Une prairie d’un vert vif où broute une vache rousse ; derrière, une forêt de cèdres sombres, une crête rocheuse et une vallée ouverte jusqu’à l’horizon

Les prairies de Tala Guilef au mois d’avrilPhoto Sofiane Boudjelouah, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, recadrée et redimensionnée ; adaptation sous la même licence.

Le col de Tirourda

La RN15 franchit le massif au col de Tirourda, vers 1 750 mètres, entre Iferhounène, côté Tizi Ouzou, et la wilaya de Bouira. C’est la façon la plus simple de prendre de la hauteur sans randonner : la route traverse les cèdres et ouvre sur les deux versants, et les familles y montent nombreuses aux beaux jours. En hiver, le col est régulièrement fermé par la neige.

Un versant de montagne encore couvert de plaques de neige et planté de jeunes cèdres, au-dessus d’une route en lacets qui descend vers une vallée et des sommets lointains

Le col de Tirourda au début du mois d’avrilPhoto Omar le brave, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0, recadrée et redimensionnée ; adaptation sous la même licence.

Tikjda et le lac Aguelmim

Sur le versant sud, dans la commune d’El Asnam, Tikjda est à près de 1 500 mètres d’altitude, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Bouira par la RN33. Le centre national des sports et loisirs y accueille sportifs et randonneurs, et des sentiers partent de la station à travers les cédraies. Les week-ends de neige, la route se bouche : partez tôt, ou venez en semaine.

Au-dessus de la station, un sentier passe le col de Tizi n’Tsenant et redescend vers le lac Aguelmim, que l’on trouve aussi écrit Agoulmime, une cuvette d’eau et de prairies à 1 700 mètres sous les falaises. Ramenez vos déchets : le site en souffre.

Une prairie verte au bord d’un lac peu profond où s’abreuvent des vaches ; quelques personnes jouent au ballon sur l’herbe, au pied d’une falaise calcaire grise

Le lac Aguelmim, au-dessus de TikjdaPhoto KEBIR Rafik, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0, recadrée et redimensionnée ; adaptation sous la même licence.

Lalla Khedidja, le plus haut sommet

À 2 308 mètres, Lalla Khedidja, que l’on appelle aussi Tamgout, est le point culminant du Djurdjura. On l’attaque le plus souvent depuis le col de Tizi n’Kouilal, sur la RN30, pour une longue journée de marche. Ne montez qu’en saison sans neige, accompagné, et renoncez si le brouillard tombe : sur ces crêtes, on s’y perd vite.

Un sommet massif entièrement enneigé domine un village de maisons aux toits rouges, au premier plan, sous un ciel gris-bleu

Lalla Khedidja sous la neige, au-dessus d’un village kabylePhoto Bouizriphotography, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, recadrée et redimensionnée ; adaptation sous la même licence.

Les fêtes de l’été et la table

L’été, les villages de la wilaya fêtent leurs savoir-faire et leurs récoltes. Outre la fête du bijou d’Ath Yenni et les salons de la poterie, la fête de la forge réunit les forgerons à Ihitoussene, dans la région de Bouzeguène, en août, et la fête de la figue présente à Lemsella, près d’Illoula Oumalou, une vingtaine de variétés locales à la fin du mois. Ces fêtes sont organisées par les villages et les communes : leurs dates changent, et elles peuvent être reportées quand les incendies menacent : la fête du bijou l’a été en 2023 et en 2026. Vérifiez-les dans la presse locale avant de partir.

À table, le couscous, le seksou, est le plat roi. Il est roulé à la main, de blé ou d’orge, souvent dans les plats des potières, et ses savoir-faire sont inscrits depuis 2020 au patrimoine immatériel de l’UNESCO, au nom de l’Algérie, de la Mauritanie, du Maroc et de la Tunisie. Goûtez-le aux légumes. L’huile d’olive vient des oliveraies des pentes : la wilaya comptait près de 300 huileries lors de la campagne 2022-2023.

Avant de partir

Les informations de cette page ont été vérifiées le 9 octobre 2026.

En montagne. De la fin novembre à avril, la neige ferme régulièrement les cols de Tirourda (RN15), de Tizi n’Kouilal (RN30) et de Tikjda (RN33). En 2026, l’accès aux forêts est restreint jusqu’à la fin octobre au moins. Vérifiez l’accès au secteur choisi auprès du parc ou d’un guide local avant une sortie, et n’y faites ni feu ni bivouac. La wilaya de Tizi Ouzou a connu des incendies meurtriers à la fin août 2026.

Sur la route. France Diplomatie place les wilayas de Tizi Ouzou et de Bouira en vigilance renforcée et recommande de s’en tenir aux grands axes. Drones et GPS de randonnée sont soumis à autorisation.

Préparer mon voyage réunit les formalités et les conseils aux voyageurs.

Sources

Les faits cités sur cette page viennent des sources ci-dessous. Les conseils de visite relèvent de l’avis éditorial du guide.