Tlemcen, la médina, Sidi Boumediene et Mansourah
Je donnerais deux jours à Tlemcen. Le premier pour la médina, de la Grande Mosquée au Mechouar ; le second pour ce qui l’entoure : Sidi Boumediene sur sa colline, le minaret de Mansourah à l’ouest, puis la ville vue d’en haut, depuis le plateau de Lalla Setti. S’il vous reste un jour, prenez la route des monts des Trara jusqu’à Nedroma et Honaïne, au bord de la mer.

L’essentiel
- Les monuments
- La Grande Mosquée et le Mechouar, au centre ; Sidi Boumediene et Mansourah, de part et d’autre de la ville.
- Flâner
- La médina, de la place de la Grande Mosquée à la Kissaria, avec le musée de la calligraphie islamique.
- Prendre l’air
- Le téléphérique de Lalla Setti, puis les cascades d’El Ourit et les grottes de Beni Add, à moins de 20 kilomètres.
Pour la route, le train et l’avion : Venir à Tlemcen.
Une ville, plusieurs villes
Tlemcen s’étend à quelque 800 mètres d’altitude, dans l’ouest du pays, non loin de la frontière marocaine. Elle est née de deux noyaux. À l’est, Agadir, bâtie à l’emplacement de la Pomaria romaine ; il en reste un minaret de près de 27 mètres, dont la base remploie des pierres romaines. À l’ouest, Tagrart, fondée par les Almoravides au XIe siècle. Réunies au XIIIe siècle, elles deviennent la capitale des Zianides, qui règnent sur le Maghreb central jusqu’à l’arrivée des Ottomans, au XVIe siècle.
Ces trois siècles ont laissé à Tlemcen ses monuments les plus célèbres, et pas seulement dans ses murs. Les Mérinides, rivaux des Zianides, l’ont assiégée deux fois, et c’est à eux que l’on doit deux des ensembles que l’on vient voir aujourd’hui hors de la médina : Mansourah, leur camp de siège devenu ville, à l’ouest, et Sidi Boumediene, sur la colline d’El Eubbad, au sud-est.
La ville passe sous l’autorité ottomane en 1559, puis elle est prise par les Français en 1842. Sa vieille ville est un secteur sauvegardé depuis 2009.

La médina
La Grande Mosquée
La Grande Mosquée date des Almoravides : une inscription de son mihrab en fixe l’achèvement à 1136, l’an 530 de l’hégire. Son minaret est venu un siècle plus tard, vers 1236, sous Yaghmoracen, le premier sultan zianide.
À l’intérieur, treize nefs perpendiculaires au mur de la qibla, chacune sous son toit de tuiles. Le décor se concentre sur l’allée centrale, qui mène au mihrab. Juste devant lui, une coupole nervurée à seize pans, faite de panneaux de plâtre ajouré, et la niche du mihrab elle-même, en plâtre sculpté de motifs végétaux et d’inscriptions. C’est une mosquée où l’on prie chaque jour : venez en dehors des heures de prière, et demandez à l’entrée si la salle se visite.

Sidi Bel Hassen et le musée de la calligraphie
Sur la même place, la petite mosquée Sidi Bel Hassen date de 1296. Sa salle de prière, d’une centaine de mètres carrés, repose sur six colonnes d’onyx, et son mihrab s’abrite sous une coupole à muqarnas. Pendant la période coloniale, elle a servi de magasin à fourrage, puis d’école, avant de devenir un musée. Elle abrite depuis 2011 le musée de la calligraphie islamique, qui conserve aussi des manuscrits.
Les rues de la médina
Tout près, la Kissaria, le vieux quartier des marchands, est inscrite depuis 2015 à l’inventaire des biens culturels. Ici, le plus simple est de marcher sans programme, d’une mosquée à l’autre.
Les rites et les savoir-faire du costume nuptial tlemcénien sont inscrits depuis 2012 au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO : la robe de soie tissée d’or, le caftan de velours brodé, la coiffe conique, les rangs de perles. La ville revendique aussi deux musiques, le hawzi et le hawfi. Le hawzi a son festival national : sa 15e édition s’est ouverte en juillet 2026 au Grand Bassin, un vaste bassin médiéval du centre-ville.


Le Mechouar
Au centre-ville, le Mechouar est la citadelle des Zianides. Yaghmoracen en entreprit la construction au XIIIe siècle, et elle devint la résidence officielle des sultans. Il en reste surtout les remparts et, à l’intérieur, une mosquée achevée en 1317 ou 1318 par Abou Hammou Moussa Ier. Son minaret a gardé, sur ses quatre faces, son décor de colonnettes et d’arcatures sur un fond de faïence. Pendant la période coloniale, la salle de prière a servi d’annexe à l’hôpital militaire, puis de chapelle.
Le palais royal, lui, a été reconstitué à partir des fouilles et inauguré en avril 2011, l’année où Tlemcen était capitale de la culture islamique. C’est un bâtiment neuf : on y retrouve le plan, les cours et les zelliges d’un palais zianide, mais pas ses murs d’origine. Visitez-le comme une évocation, après avoir vu la mosquée et les remparts, qui sont, eux, d’époque.

Sidi Boumediene, sur la colline d’El Eubbad
À environ deux kilomètres au sud-est de la ville, au bout d’un chemin escarpé, le village d’El Eubbad garde le tombeau d’Abou Madyan, que l’on appelle ici Sidi Boumediene, un saint mort à la fin du XIIe siècle. C’est un lieu de pèlerinage : l’ensemble protégé comprend même une maison des pèlerins.
Au XIVe siècle, le sultan mérinide Abou al-Hassan y fit bâtir une mosquée, achevée en 1339, puis une médersa, huit ans plus tard ; Ibn Khaldoun y aurait enseigné. On entre dans la mosquée par un porche monumental : un arc de 7 mètres de haut, des vantaux de cèdre couverts de bronze ciselé, un cadre de zelliges en quatre couleurs, blanc, brun, vert et jaune. Au centre de la cour, une vasque d’onyx sert aux ablutions.

Le tombeau du saint se trouve en contrebas, dans une pièce carrée sous coupole. La médersa s’organise autour de sa propre cour. L’ensemble a été restauré pour 2011.
Mansourah, le camp des assiégeants
À l’ouest de la ville, un minaret ocre se dresse au milieu d’un vaste terrain, entouré de pans de murailles : c’est Mansourah.
En 1299, le sultan mérinide Abou Yacoub installe ici un camp pour assiéger Tlemcen. Le siège dure huit ans, et le camp devient une ville, avec un palais, une mosquée, des logements pour la garnison et de puissants remparts. On la surnomme al-Mahala al-Mansourah, « le camp victorieux ». En 1307, Abou Yacoub est assassiné ; les Mérinides lèvent le siège, et les assiégés détruisent en partie la ville ennemie. Ils reviennent en 1335 : cette fois, Tlemcen tombe, et Mansourah devient pour un temps le siège de leur gouvernement.
Il reste l’enceinte de pisé, qui enfermait 101 hectares et comptait 80 tours, et le minaret de la mosquée commencée en 1302. Trois de ses faces tiennent encore debout ; la quatrième s’est effondrée. Une porte s’ouvre à sa base, celle par laquelle on entrait dans la mosquée.

Au-dessus de la ville
Le plateau de Lalla Setti
Au-dessus de Tlemcen, le plateau de Lalla Setti sert de belvédère : on y voit la ville et Mansourah. On y monte par la route ou par le téléphérique, qui part du Grand Bassin, au centre-ville. Arrêté en mars 2025 pour une grande révision, il a été remis en service début juillet 2026.

Le plateau fait partie du parc national de Tlemcen, créé en 1993 : plus de 8 000 hectares de forêts et de reliefs, de la forêt de Hafir, à l’ouest, aux jardins d’El Ourit, au nord-est. Le cerf de Barbarie y vit. Pendant la saison des feux, l’accès aux espaces boisés peut être restreint : avant une randonnée dans le parc, renseignez-vous sur les conditions du moment.
Les cascades d’El Ourit
À environ 7 kilomètres à l’est de la ville, sur la route de Sidi Bel Abbès, une suite de cascades descend de la montagne, dans la commune d’Aïn Fezza. En aval, le pont de la voie ferrée de Sidi Bel Abbès enjambe le torrent.

Les grottes de Beni Add
Plus loin, sur les hauteurs d’Aïn Fezza, à environ 17 kilomètres de Tlemcen, les grottes de Beni Add déroulent 700 mètres de galeries et descendent jusqu’à 57 mètres de profondeur, entre stalactites et stalagmites.

Vers la mer, Nedroma et Honaïne
Au nord-ouest de Tlemcen, les monts des Trara descendent vers la Méditerranée. En 2025, l’Algérie a placé « Nedroma et les Trara » sur sa liste indicative, celle des biens qu’elle envisage de proposer au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Nedroma est à environ 57 kilomètres de Tlemcen par la route, Honaïne à environ 60, et les deux villes à environ 38 kilomètres l’une de l’autre : la boucle tient dans une journée, si l’on part tôt.
Nedroma
La vieille ville de Nedroma est un secteur sauvegardé depuis 2009. Au centre, sa Grande Mosquée almoravide, protégée depuis 1912, appartient à la même famille que celles de Tlemcen et d’Alger : des nefs perpendiculaires au mur de la qibla, neuf ici, et une cour bordée de galeries. Son minaret, plus tardif, date de 1348.

Honaïne
Sous les Zianides, Honaïne était le port de Tlemcen. La petite ville, d’environ 7 hectares, était fermée de remparts et de tours de pisé, dont la plus grande partie tient encore debout. La casbah dominait un port intérieur relié à la mer par un canal, et une grande arche de huit mètres et demi de large, Bab al-Bahr, la « porte de la mer », en commandait l’accès. Aujourd’hui, Honaïne est un petit port de pêche, avec un musée local, ouvert en 2005, qui montre les poteries et les objets trouvés lors des fouilles des années 1980.
Côté mer, la plage de Tafsout s’ouvre au pied du mont Tajra.

Venir à Tlemcen
Depuis Oran, comptez environ 177 kilomètres par la route. Les distances de cette page sont approximatives, calculées avec un outil d’itinéraire fondé sur les données OpenStreetMap.
En train. La SNTF relie Oran à Tlemcen : son programme de l’hiver 2025-2026 prévoyait un train d’Alger à Tlemcen par Oran. Consultez les horaires en vigueur avant de partir.
En avion. L’aéroport de Tlemcen-Zenata, à environ 25 kilomètres de la ville, reçoit des vols d’Alger et, en 2026, de Marseille. Vérifiez le programme de la saison au moment de réserver.
Depuis le Maroc. La frontière, toute proche, est fermée depuis 1994 : on ne peut pas venir par la route.
Pour associer Tlemcen à Oran et à la côte, l’itinéraire Oran et l’Ouest algérien propose une branche de deux jours par Tlemcen.
Avant de partir
Les informations de cette page ont été vérifiées le 9 octobre 2026.
Les monuments et les sites de cette page ne publient ni horaires ni tarifs : renseignez-vous sur place. Préparer mon voyage réunit les formalités, la tenue à prévoir pour entrer dans une mosquée et les conseils aux voyageurs.
Sources
Les faits cités sur cette page viennent des sources ci-dessous. Les conseils de visite relèvent de l’avis éditorial du guide.
- Tlemcen, Encyclopædia Britannica, consultée le .
- Liste générale des biens culturels protégés, wilaya de Tlemcen (mise à jour du 5 septembre 2019), Ministère de la Culture, Direction de la conservation et de la restauration du patrimoine culturel, consultée le .
- Secteurs sauvegardés (vieilles villes de Tlemcen et de Nedroma, décrets du 29 novembre 2009), Agence nationale des secteurs sauvegardés (ANSS), consultée le .
- Djamaa el-Kebir (Grande Mosquée), fiche d’Ali Lafer, Discover Islamic Art, Museum With No Frontiers, consultée le .
- Grande Mosquée de Tlemcen, Qantara, patrimoine méditerranéen, consultée le .
- Mosquée Sidi Bel-Hassan, fiche d’Ali Lafer, Discover Islamic Art, Museum With No Frontiers, consultée le .
- Minaret d’Agadir, fiche d’Ali Lafer, Discover Islamic Art, Museum With No Frontiers, consultée le .
- Mosquée du Mechouar, fiche d’Ali Lafer, Discover Islamic Art, Museum With No Frontiers, consultée le .
- El-Eubad (mosquée, madrasa et tombeau de Sidi Boumediène), fiche d’Ali Lafer, Discover Islamic Art, Museum With No Frontiers, consultée le .
- Mansourah, fiche d’Ali Lafer, Discover Islamic Art, Museum With No Frontiers, consultée le .
- Mansourah (fiche du 4 juin 2025, modifiée le 2 novembre 2025), Office national de gestion et d’exploitation des biens culturels protégés (OGEBC), consultée le .
- Khalida Toumi, Tlemcen capitale de la culture islamique 2011, tout est prêt (13 avril 2011, d’après l’APS), Algérie360, consultée le .
- La visite du Président Bouteflika à Tlemcen (17 avril 2011), Algérie360, consultée le .
- The royal palace at the Mechouar citadel in Tlemcen (Algeria), from excavation to reconstruction (S. Bouregba et A. E. Nadi, 2025, notice), EGE Revista de Expresión Gráfica en la Edificación, Universitat Politècnica de València, consultée le .
- Lancement d’un atelier de numérisation des manuscrits du Musée public national de la calligraphie islamique (11 mai 2026), Algérie Presse Service (APS), consultée le .
- Les rites et les savoir-faire artisanaux associés à la tradition du costume nuptial de Tlemcen (inscrits en 2012), UNESCO, patrimoine culturel immatériel, consultée le .
- Lancement de la 15e édition du Festival culturel national de la musique hawzi (14 juillet 2026), Algérie Presse Service (APS), consultée le .
- Le patrimoine immatériel tlemcenien à l’honneur du 18 avril au 18 mai (18 avril 2022), Radio Algérienne, consultée le .
- Tlemcen, remise en service du téléphérique après d’importants travaux de maintenance (7 juillet 2026), Le Courrier d’Algérie, consultée le .
- Fermeture de la télécabine de Tlemcen pour révision (5 mars 2025), Horizons, consultée le .
- Tlemcen, la nuit, tous les chemins mènent vers Lalla Setti (11 juin 2017), Algérie360, consultée le .
- Décret exécutif n° 93-117 du 12 mai 1993 portant création du parc national de Tlemcen, FAO, base FAOLEX, consultée le .
- Le parc national, Direction du Tourisme et de l’Artisanat de Tlemcen, consultée le .
- Les cascades d’El Ourit, Direction du Tourisme et de l’Artisanat de Tlemcen, consultée le .
- Algérie, route de Sidi Bel Abbès à Tlemcen, ponts d’El Ourit (fiche photographique), Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe (EHNE), consultée le .
- Les grottes de Beni Add, Direction du Tourisme et de l’Artisanat de Tlemcen, consultée le .
- Jusqu’à 6 mois de prison, l’Algérie interdit l’accès aux forêts cet été (25 mai 2026), Algérie360, consultée le .
- Algérie, État partie (liste indicative, dont « Nedroma et les Trara », 2025), UNESCO, Centre du patrimoine mondial, consultée le .
- Grande Mosquée de Nedroma, fiche d’Ali Lafer, Discover Islamic Art, Museum With No Frontiers, consultée le .
- Honaïn, fiche d’Ali Lafer, Discover Islamic Art, Museum With No Frontiers, consultée le .
- Honaïne, chronique d’une cité unique (5 juillet 2025), Horizons, consultée le .
- SNTF, un nouveau programme de circulation des trains (1er octobre 2025), Ouest Tribune, consultée le .
- Volotea Algérie Marseille, 5 destinations (7 avril 2026), Ulysse, consultée le .
- Air Algérie, 13 aéroports français, la carte 2026 (26 avril 2026), Ulysse, consultée le .
- Algérie, conseils aux voyageurs, sécurité (mise à jour du 15 septembre 2026), France Diplomatie, ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, consultée le .
- Distances routières calculées avec OSRM sur les données OpenStreetMap (calcul du 9 octobre 2026, valeurs approximatives), Project OSRM, OpenStreetMap, consultée le .