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Oran, de Santa Cruz à la vieille ville

Pour une première visite d’Oran, je commencerais par les hauteurs de Santa Cruz, d’où l’on comprend toute la ville et sa baie. Je descendrais ensuite dans la vieille ville de Sidi El Houari, puis vers la place du 1er‑Novembre. Le musée Ahmed Zabana mérite une demi-journée à part.

Vue plongeante depuis une colline : au premier plan, une tour de pierre surmontée d’une statue blanche, une esplanade bordée d’arcades et une coupole blanche ; en contrebas, un port fermé par une longue jetée, et une ville dense jusqu’à l’horizon
Le sanctuaire de Santa Cruz, au-dessus du port d’Oran
Sommaire

L’essentiel

Une journée
Santa Cruz en début de journée, puis à pied la place du 1er‑Novembre, la mosquée du Pacha et le palais du Bey, et la porte d’Espagne.
Deux jours
Ajoutez la vieille ville, sans vous presser, puis le musée Ahmed Zabana ou le front de mer.
Trois jours ou plus
Ajoutez ce que vous avez laissé de côté, dont le Sacré-Cœur, la gare et la mosquée du bey Mohamed El Kebir.

La presse a signalé en 2024 et 2025 des fermetures et des chantiers dans plusieurs monuments de la vieille ville : vérifiez l’accès sur place avant de compter entrer.

Mon avis, détaillé dans Composer une première découverte. Informations pratiques vérifiées le 25 septembre 2026 : Préparer mon voyage.

Oran en quelques ensembles

Oran ne se livre pas depuis un seul quartier. La vieille ville s’est bâtie entre le port et le Murdjadjo, la montagne qui la domine à l’ouest, puis la ville s’est étendue vers l’est. Pour organiser vos visites, je la découperais en trois ensembles :

  • les hauteurs de Santa Cruz, sur le Murdjadjo, avec le fort espagnol et le sanctuaire ;
  • la vieille ville, de Sidi El Houari au Château-Neuf et au palais du Bey, entre le vieux port et la montagne ;
  • la ville des XIXe et XXe siècles, de la place du 1er‑Novembre au front de mer, avec le musée Ahmed Zabana un peu plus loin.

Ce découpage suit l’histoire de la ville. L’historien Ismet Terki Hassaine rappelle qu’Oran existait comme ville dès le Xe siècle, et que le plus ancien témoignage sur sa fondation vient d’El-Bekri. L’Encyclopédie berbère relève une attestation du nom un peu plus ancienne, chez Ibn Hawqal, sous la forme Wahrān. Les Espagnols prennent la ville le 18 mai 1509 et la gardent jusqu’en 1708, puis de nouveau de 1732 à 1792. Le séisme d’octobre 1790 précipite leur départ, en février 1792. Commence alors une courte période ottomane, jusqu’à l’arrivée de l’armée française en 1831.

En 2024 et 2025, la presse signalait des fermetures et des chantiers dans plusieurs monuments de la vieille ville. Prévoyez d’en découvrir une partie de l’extérieur, et renseignez-vous sur place avant de compter entrer quelque part.

Les plages de la corniche ouest, vers Aïn El Turk et les Andalouses, sortent du cadre de ce guide, consacré à la ville.

Les distances qui suivent sont données à vol d’oiseau, d’après la Carte du patrimoine culturel algérien. À pied, le relief allonge souvent le trajet.

Santa Cruz, au-dessus de la baie

Je placerais Santa Cruz en tête d’une première visite, de préférence par temps clair. D’en haut, on voit comment la ville s’organise : le port, la vieille ville entre le port et la montagne, puis la ville plus récente qui s’étend vers l’est.

Deux monuments se partagent ces hauteurs. Le fort de Santa Cruz, d’abord, occupe une position qui permettait de surveiller à la fois la baie d’Oran et celle de Mers el-Kébir. D’après les Archives européennes de l’architecture algérienne, les Espagnols l’ont modifié à plusieurs reprises dès le XVIe siècle ; l’ingénieur El Fratín lui donne sa forme définitive en 1578, et il est renforcé entre 1732 et 1736. Ses conditions de visite ne sont pas publiées par une source officielle : renseignez-vous sur place avant de compter y entrer.

Au-dessus d’immeubles clairs, une colline couverte de broussailles ; au sommet, une forteresse de pierre ocre, et plus bas sur le versant, une coupole blanche et une tour

Le fort de Santa Cruz au sommet, le sanctuaire en contrebas, vus du front de mer

Le sanctuaire Notre-Dame de Santa Cruz se reconnaît à sa tour surmontée d’une statue. Son site retrace son histoire. En 1849, une épidémie de choléra frappe Oran, et le 4 novembre, une pluie tombe après une procession mariale. Une petite chapelle est consacrée le 29 mai 1851 pour abriter une statue de Notre-Dame du Salut. La première pierre de la tour est posée en 1873. La galerie à arcades qui entoure l’esplanade date de 1952 à 1954, et l’église de 1959 à 1962 ; son décor n’a jamais été achevé. Restauré pendant quatre ans, le sanctuaire a été inauguré de nouveau le 7 décembre 2018.

La chapelle de Santa Cruz est classée depuis le 6 octobre 1950. Le site du Murdjadjo est classé à part, parmi les sites naturels.

Un téléphérique monte vers ces hauteurs. Le site de la wilaya indique qu’il a été remis en service le 30 janvier 2023, après plusieurs années d’arrêt. Il relie le quartier d’En-Nasr, l’ancien Derb, au Murdjadjo, en passant par la station Si Salah, l’ancienne station des Planteurs. La dernière mention officielle trouvée date de février 2025 et ne précise pas s’il est ouvert au public : vérifiez qu’il fonctionne avant d’en faire votre moyen d’accès.

Sous une grande arche sombre, une esplanade entourée d’une galerie blanche à arcades ; au centre, une tour de pierre ocre surmontée d’une statue blanche, sous un ciel nuageux

La tour du sanctuaire, vue depuis la galerie à arcades

La vieille ville, de Sidi El Houari au Château-Neuf

C’est l’ensemble que je recommanderais à ceux qui veulent comprendre ce qu’Oran a été avant le XIXe siècle. La vieille ville descend du Murdjadjo jusqu’au vieux port, et c’est là que se concentrent les traces espagnoles et ottomanes de la ville. Depuis un décret de janvier 2015, elle forme le secteur sauvegardé de Sidi El Houari, 70 hectares limités notamment par le vieux port au nord, la forêt du Murdjadjo à l’ouest et la place du 1er‑Novembre à l’est. En mai 2026, le quotidien Horizons signalait plusieurs bâtiments dangereux du fait de leur dégradation : restez dans les rues et sur les places, et n’entrez pas dans les immeubles abandonnés.

Les traces de la ville espagnole

  • La porte d’Espagne, classée en 1906, est selon les Archives européennes de l’architecture algérienne la porte la plus ancienne et la plus monumentale d’Oran. Située à la pointe de la citadelle, elle compte parmi les grandes réalisations espagnoles du XVIe siècle.
  • La porte de Canastel, classée en 1952, porte une inscription datée de 1747, au-dessus de l’arche.
  • La place de la Perle était la place d’Armes de la ville espagnole. Son portique a disparu, mais une plaque de marbre rappelle toujours, sur une façade, qu’il fut réalisé en 1772, sous le règne de Charles III.
  • L’ancienne église Saint-Louis, à 150 mètres de la porte d’Espagne selon la Carte du patrimoine culturel algérien, était l’église espagnole San Bernardino, devenue cathédrale à l’époque française. Elle est classée depuis 1952 ; aucune source ne précise si elle se visite.

Le Château-Neuf, le palais du Bey et la mosquée du Pacha

À l’est de la vieille ville, la forteresse que les Espagnols appelaient Rosalcazar et les Français le Château-Neuf domine la mer. Les Archives européennes de l’architecture algérienne en font l’un des plus anciens châteaux d’Oran, transformé dès 1514 ; sa porte principale, achevée en 1758, porte une inscription qui le rappelle.

Au sommet, le palais du Bey est, selon IMANEO, l’un des rares vestiges de la période ottomane d’Oran, entre 1792 et 1831 : le bey Mohammed el-Kebir en fit sa résidence. L’armée française y installa son quartier général dès 1831 et recomposa une partie du décor, achevée en 1865 pour la visite de Napoléon III. En 1913, alors que la municipalité envisageait de raser la forteresse, l’architecte Albert Ballu demanda la protection des tours, de la salle de réception et du pavillon aujourd’hui appelé pavillon de la Favorite. La partie conservée abrite l’Office national de gestion et d’exploitation des biens culturels protégés. En juin 2025, El Watan rapportait le lancement de travaux de restauration d’urgence : renseignez-vous sur place avant de compter entrer.

À 80 mètres du palais, d’après la Carte, la mosquée du Pacha a été bâtie en 1207 de l’hégire (1792), sur ordre du dey Hassan Pacha, pour marquer la reprise définitive d’Oran aux Espagnols. La Carte décrit une grande coupole centrale entourée de douze coupoles et un minaret octogonal en pierre taillée. La mosquée est classée depuis 1952, et son minaret fait l’objet d’un classement distinct. En novembre 2024, El Watan la disait fermée depuis 2008 en raison de fissures, et annonçait une étude de restauration : vérifiez sur place si elle a rouvert.

Même vu de l’extérieur, cet ensemble mérite le détour : il montre, en quelques centaines de mètres, comment la ville ottomane s’est logée dans la place forte espagnole. Parcourez-le sans itinéraire trop strict ; l’intérêt tient autant à la pente des rues qu’aux vestiges.

De la place du 1er-Novembre au front de mer

La place du 1er‑Novembre marque l’une des limites est du secteur sauvegardé de Sidi El Houari.

Le Théâtre régional d’Oran, qui porte le nom du dramaturge Abdelkader Alloula, donne sur cette place. Selon le Théâtre national algérien, c’est un ancien opéra bâti en 1905 et ouvert en décembre 1907. La Carte du patrimoine culturel algérien précise qu’il a été nationalisé en 1963, puis transformé en 1967 en Théâtre national de l’Ouest algérien. Le plus simple pour découvrir la salle est d’assister à une représentation.

À un peu plus d’un kilomètre de la place, la mosquée du bey Mohamed El Kebir rappelle l’époque où ce secteur n’était qu’une plaine vide de constructions. D’après la Carte, le bey la fit construire en 1792, juste après le départ des Espagnols, pour qu’elle serve de sépulture à sa famille et à lui-même, à environ un kilomètre et demi à l’est de la vieille ville. Elle se trouve aujourd’hui près du boulevard du front de mer, entourée d’immeubles. Elle est classée depuis le 24 décembre 1903.

Le front de mer suit le boulevard de l’ALN, dont la wilaya annonçait en 2023 la restauration des immeubles.

Un boulevard bordé de palmiers et de grands immeubles blancs longe un parapet de pierre ; en contrebas, une voie rapide et des réservoirs, et au fond, une montagne sèche sous un ciel bleu

Le front de mer, boulevard de l’ALN

Deux autres édifices méritent un détour si l’architecture de cette époque vous intéresse :

  • l’ancienne cathédrale du Sacré-Cœur, inaugurée le 9 février 1913. Selon l’historienne Dalila Senhadji, son projet reste attaché au nom d’Albert Ballu, le même architecte qui défendit le palais du Bey, et à celui de l’entreprise Perret. Le béton et la brique armés y ont été employés pour la première fois dans une cathédrale à Oran. Elle abrite aujourd’hui la bibliothèque municipale ;
  • la gare d’Oran, inaugurée en 1910. D’après IMANEO, elle a été conçue par Marius Toudoire, également architecte de la Grande Poste d’Alger, avec des céramiques d’Ernest Soupireau, dans le style néo-mauresque.

Le musée Ahmed Zabana

Je recommande ce musée à ceux qui s’intéressent à la préhistoire, à l’archéologie ou à la peinture. Selon le ministère de la Culture, il est né en 1879 à l’initiative de la Société de géographie et d’archéologie de la province d’Oran. La Carte du patrimoine culturel algérien raconte qu’à l’époque, des inscriptions romaines restaient exposées aux intempéries dans les allées de la promenade de Létang, et que le commandant Demaeght, archéologue et épigraphiste, lança un appel aux habitants pour enrichir les collections.

Le bâtiment actuel a été édifié en 1933 et inauguré en 1935 sous le nom de musée Demaeght. Il porte aujourd’hui le nom d’Ahmed Zabana. Le ministère cite, parmi ses sections, la préhistoire et l’ethnographie, l’histoire de l’Algérie, ainsi que la peinture, la sculpture, les dessins et les gravures. Le Journal officiel de 1968 classe ses collections préhistoriques, ses objets antiques et une mosaïque provenant d’une maison romaine de Bettioua. En octobre 2024, la wilaya a fait état de l’inauguration d’un pavillon conçu pour les personnes malvoyantes.

Comptez-le comme une sortie à part : la Carte le place à environ un kilomètre du théâtre.

Composer une première découverte

Ces suggestions relèvent de mon avis, pas d’un programme officiel. Elles reposent sur la proximité des lieux entre eux et sur ce que chacun apporte.

Avec une journée. Ne cherchez pas à tout voir. Je vous conseillerais de monter à Santa Cruz en début de journée, par la route ou en téléphérique s’il fonctionne, pour comprendre la ville d’en haut. Ensuite, restez à pied dans un petit périmètre : la place du 1er‑Novembre, la mosquée du Pacha et le palais du Bey, que la Carte place à moins de 250 mètres les uns des autres, puis la porte d’Espagne, à un peu plus de 400 mètres du palais. Si les monuments sont fermés, ce parcours garde son intérêt de l’extérieur. Gardez la vieille ville en profondeur et le musée pour un deuxième jour.

Avec deux jours. Gardez le premier jour tel quel. Consacrez le second à la vieille ville, sans vous presser, puis au musée Ahmed Zabana ou au front de mer, selon vos goûts.

Avec trois jours ou plus. Ajoutez ce que vous avez laissé de côté : le musée ou le front de mer, le Sacré-Cœur, la gare et la mosquée du bey Mohamed El Kebir. Si vous préférez la mer, les plages de la corniche ouest demandent une journée entière.

Les mosquées et le sanctuaire cités dans ce guide sont des lieux de culte. France Diplomatie rappelle que les épaules et les jambes doivent y être couvertes, et que les femmes se couvrent aussi la tête. L’accès des visiteurs dépend des règles de chaque lieu : renseignez-vous sur place, et évitez les heures de prière.

Vue plongeante sur une ville dense qui s’étend jusqu’à l’horizon brumeux ; au pied d’une colline boisée, un port où sont amarrés deux grands navires blancs, et une voie rapide qui serpente entre les quais et la ville

Oran et son port, vus des hauteurs

Préparer mon voyage

Les informations ci-dessous ont été vérifiées le 25 septembre 2026.

Adresse. Le ministère de la Culture situe le musée Ahmed Zabana au 19, avenue Ahmed-Zabana. Le Théâtre régional d’Oran donne sur la place du 1er‑Novembre.

Sanctuaire de Santa Cruz. Le 25 septembre 2026, le site officiel du sanctuaire l’annonçait ouvert gratuitement tous les jours, de 9 h à 17 h en hiver et jusqu’à 19 h en été, avec des visites guidées sur réservation. Revérifiez-le avant de monter.

Monuments à vérifier sur place. Des travaux d’urgence avaient été lancés au palais du Bey au printemps 2025 (El Watan, juin 2025). La mosquée du Pacha était fermée en novembre 2024 (El Watan). Aucun horaire officiel n’est publié pour le fort de Santa Cruz ni pour le musée Ahmed Zabana : renseignez-vous avant de vous déplacer.

Tramway. D’après SETRAM, son exploitant, la ligne relie Sidi Maarouf à Es Senia en passant par la place du 1er‑Novembre. SETRAM ne mentionne pas l’aéroport : en 2024, le wali annonçait une extension vers Belgaïd, puis vers l’aéroport.

Avant de partir. Avant de partir, consultez les conseils aux voyageurs de votre pays : formalités, douane et sécurité y sont réunies.

Vérifier les horaires du sanctuaire de Santa Cruz

Sources

Les faits cités sur cette page viennent des sources ci-dessous. Les conseils de visite relèvent de l’avis éditorial du guide.